PARUTION DE DEMAIN LES FLAMMES, No 4

Babel. Dans l’inconscient collectif, une tour gigantesque s’effondre sous l’action de la colère divine, les hommes se divisent et ne se comprennent plus. Babel ou les germes de la discorde et de la guerre. Revenons aux sources : le mythe de Babel tient en vingt petites lignes dans l’Ancien Testament (Genèse 11, 1 à 9) et donne encore aujourd’hui matière à multiples interprétations. Précisons qu’à l’origine Dieu (Yahvé) et les hommes parlaient la même langue et qu’après le Déluge, Yahvé leur a ordonné de se disperser à la surface de la terre. Lorsque les hommes s’établissent au pays de Shinéar (la Babylonie, plaine entre le Tigre et l’Euphrate) et se mettent à cuire des briques pour bâtir « une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux », Yahvé, constatant que les hommes forment un seul peuple et parlent une seule langue, se dit : « Tel est le début de leurs entreprises ! » Il décide alors de descendre sur terre et de « confondre leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ». Yahvé a-t-il voulu punir les hommes de leur hubris ? Ou était-ce au contraire une mesure préventive anticipant les dégâts prévisibles d’une entreprise commune accaparant tous les efforts des hommes ? Aujourd’hui où des centaines de langues sont menacées de disparition et l’emprise des langues dominantes sur les peuples dominés toujours plus grande, l’action de Yahvé pourrait revêtir un sens nouveau. Les peuples séparés à la surface de la terre ne se comprennent pas, la mise en contact s’accompagne le plus souvent de violence. Mais la langue « incompréhensible » parce que mal maîtrisée, malmenée ou volontairement tordue n’est-elle pas également porteuse de sens, de poésie, d’horizons nouveaux ?

Ce numéro de Demain les flammes, qui à l’occasion d’un sommaire composé à quatre mains s’intitule « Babel », offre quelques perspectives dans les méandres des langues produites ou détruites par la force du colonialisme et de ses affidés. Il propose une plongée dans quelques trajectoires singulières. On y découvrira l’épopée d’un Inuit dans les contrées des terribles Kablunat, la confrontation de deux mythologies lors du contact dans le Pacifique, la voix d’un cantonnier sicilien qui, comme par mégarde, entre en littérature, et enfin une déambulation géographique et intime sur les lieux qui nous collent à la peau, par-delà les océans et les identités.

Nathan Golshem & Nicolas Marvey

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